Séance 2      1892, la grève de Carmaux et Jean Jaurès

Problématique :

I . Présentation des acteurs et des évènements

Jean-Baptiste Calvignac, l’homme à l’origine de la grève.

 

Employé à la mine comme ajusteur, il a fondé le syndicat en 1883.

Le baron Reille,

président'du'conseil d’administration de la SMC, une grande figure de la droite

dans la région.

Jean Jaurès, favorable à la

grève.

Professeur de faculté, il est

séduit par les idées

socialistes. A Carmaux en

1892, il lutte aux côtés des

mineurs pour dénoncer les

patrons qui renvoient un

ouvrier devenu maire.

Document 1 : Chronologie des évènements

  1. Quel évènement déclenche la grève de 1892 à Carmaux?
  2. Comment réagit tout d'abord le gouvernement dirigé par Loubet?

     Comment interprétez-vous cette réaction?

 

     Or, que propose simultanément le gouvernement? Qu'en pensez-vous?

 

 

 3. Quel est l'aboutissement de ce mouvement de grève?

I I. Les forces en présence : 2 camps s'affrontent

Document 2 : Extrait d'une interview du Baron Reille, Le Figaro, 10 octobre 1892 (manuel Bac pro 3 ans, Nathan technique)

« Nous aussi nous défendons un principe, et c’est pour cela que nous résistons. (…) il faut que cette question soit tranchée une fois pour toutes. Il est nécessaire que tous ceux qui ont en France 5, 10, 500 ou 3000 ouvriers à conduire soient désormais fixés sur la question de savoir s’ils sont maîtres chez eux ou s’ils doivent être exposés au désordre, à la ruine, à la déconsidération chaque fois que cela plaira à un agitateur socialiste ou à un syndicat. »

Document 3 : Jean Jaurès, La Dépêche, 8 novembre 1892 (manuel Bac pro 3 ans, Nathan technique)

« La grève de Carmaux est terminée. On en peut maintenant marquer les

résultats. Ils sont grands, très grands et durables.(…) II est certain maintenant

qu’aucune compagnie, aucune société industrielle n’osera créer des difficultés aux ouvriers investis d’un mandat électif : le suffrage universel s’est défendu trop énergiquement pour qu’on puisse l’inquiéter de nouveau. Ainsi, dans toutes les

agglomérations industrielles d’abord, et bientôt de proche en proche, dans toutes les

communes, les salariés auront une part du pouvoir administratif; il y aura là pour le

socialisme comme des forteresses locales, et de plus les travailleurs auront là un point d’appui pour envoyer des représentants dans toutes les assemblées. (…) La victoire de 3000 ouvriers permet d’affirmer que la solidarité des millions de salariés qui peinent en France aura bientôt raison de toutes les résistances. »

Document 4 : Le climat social vu par le directeur Humblot (manuel Bac pro 3 ans, Nathan technique, Grand Format)

Depuis un an, la paix de l’atelier est profondément troublée. Les théories socialistes, qui depuis de longues années ne sortaient pas du cercle d’un petit nombre d’adeptes, se sont fait brusquement jour vers la fin de 1890.

Le syndicat des mineurs qui végétait au milieu de querelles intestines fut réorganisé.

 A la fin de 1891, il était arrivé à grouper la majorité des ouvriers et c’est à cette époque que prit naissance la campagne que vous connaissez.
Après l’arbitrage de 1892, les meneurs du parti, grisés par leur succès, tant sur le terrain industriel que sur le terrain politique, ne connaissent plus d’autre autorité que la leur. (…) Ce sont eux qui poussent leurs camarades au mépris des chefs, à l’insubordination et à la paresse.

 

Rapport d'exercice du directeur, M. Hublot, Octobre 1893

Document 5 : Le suffrage universel à Carmaux (manuel Bac pro 3 ans, Belin)

«  On saura que c’est la compagnie qui a suscité et voulu la grève avec toutes ses conséquences, et qu’écrasée politiquement par les victoires pacifiques des ouvriers, elle a demandé son salut à des incidents1 provoqués par elle. On saura que même après le renvoi de Calvignac, qui était un défi à tous les ouvriers et un attentat à leur liberté, ils ont cherché à négocier avec la compagnie, et que, deux fois, leur délégation a été repoussée avant qu’ils aient songé à forcer la porte. (…) Il y a un fait qui domine tout : un ouvrier républicain, élu maire et conseiller d’arrondissement a été congédié, pour cette seule raison, par la compagnie. (…) Or, renvoyer de la mine un ouvrier élu par ses camarades uniquement parce qu’il est élu, c’est dire aux ouvriers qu’en nommant leur camarade ils le chassent ; c’est donc s’opposer par l’intimidation à la liberté du vote ; c’est tomber sous le coup du Code pénal. (…) Déjà, d’un bout à l’autre de la France, le parti ouvrier s’émeut, car c’est pour lui une question de vie ou de mort. Il faut que les ouvriers de Carmaux puissent tenir, s’il est nécessaire même jusqu’à la rentrée des Chambres. Il faut que chacun de nous, selon ses ressources, envoie son obole, petite ou grande, au trésorier du comité (de grève). Il faut que les organisations syndicales et les Bourses du travail envoient leurs fonds et tout de suite. Il faut que dans toutes les réunions, les banquets qui fêteront le 22 septembre2, de larges collectes soient faites au profit des ouvriers de Carmaux. »

 

                                                                                                                     Jean Jaurès, La Dépêche, 6 septembre 1892

1. Le 15 août, des mineurs ont saccagé le bureau du directeur de la SMC.

2. Centenaire de la fondation de la République

Document 6 :

La grève des mineurs de Carmaux, dans le Petit Journal de 1892

La grève des mineurs de Carmaux, dans le Petit Parisien du 10 octobre 1892

Que pensez-vous des arguments avancés par chacun des camps en présence?

CONCLUSION

On connaît l’origine du conflit : un ouvrier mineur, Calvignac, a été élu maire de Carmaux le 1er mai par un conseil municipal ouvrier, socialiste et républicain. Tout récemment, il a été élu conseiller d’arrondissement, à une majorité énorme, contre le candidat patronné par la compagnie [des mines]. Deux jours après, il est congédié. […] Calvignac a demandé deux jours de congé régulier par semaine, pour pouvoir remplir son double mandat de maire et de conseiller d’arrondissement. Le directeur lui a répondu que c’était impossible. Et c’est là-dessus que la rupture a eu lieu.

Impossible ? Il faut tout de suite que les hommes politiques de la région avertissent le gouvernement que, s’il laisse la compagnie commettre contre les ouvriers élus d’aussi monstrueux abus de pouvoir, il se rend complice d’une violation du suffrage universel.

 

Jean Jaurès, La Dépêche, Toulouse, 29 août 1892

I I I. Jean Jaurès, un intellectuel au service de la classe ouvrière

Homme politique et socialiste français (3 septembre 1859 à Castres- 31 juillet 1914)

 

Des études brillantes et un républicanisme précoce :

Issu d’une famille de la modeste bourgeoisie provinciale, avec quelques brillantes carrières (deux cousins amiraux dont l’un deviendra ministre de la marine), Jules Jaurès, le père de Jean, petit paysan et son épouse Adélaïde Barbaza, élèvent leurs deux enfants, Jean l’aîné, et Louis qui deviendra amiral et député républicain-socialiste. Brillant élève, Jean bénéficie des chances de promotion sociale qu’offre la République : il est reçu premier au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont il sort agrégé de philosophie. Devenu maître de conférence à la faculté de Toulouse, il s’engage alors pour la cause républicaine Tenté par la carrière politique, il est élu député du Tarn aux élections de 1885, siège au centre-gauche et soutient le plus souvent Jules Ferry, même si son " grand homme " demeure Gambetta. Ses propositions de réformes sociales sont remarquées et lui valent les félicitations des socialistes. Battu en 1889 (en raison du mode de scrutin), Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale « De la réalité du monde sensible » et sa thèse secondaire en latin, « Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel ».

 

Le militant socialiste :

Depuis 1887, il collabore au journal radical " La Dépêche ", et devient conseiller municipal puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse (1890-1893). Son expérience, sa connaissance des milieux ouvriers et des militants socialistes, mais aussi ses travaux et ses recherches l’orientent vers le socialisme. Cette évolution s’achève avec la grève des mineurs de Carmaux : la Compagnie des Mines, dirigée alors par le baron Reille (homme fort de la droite Tarnaise) et son gendre le marquis Ludovic de Solages, député de la circonscription, vient de licencier un de ses ouvriers, Jean Baptiste Calvignac, leader syndical et nouveau maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892. C’est remettre en cause le suffrage universel et les droits réels de la classe ouvrière à s’exprimer en politique. Dans ses articles à "La Dépêche", Jaurès soutient cette grève qui se termine par la réintégration de Calvignac et la démission de Solages. Les ouvriers de Carmaux demandent alors à Jaurès d’être leur candidat à l’élection partielle. Jaurès s’engage dans le camp socialiste et devient le député de Carmaux le 8 janvier 1893.

 

L’affaire Dreyfus :

Proche des guesdistes (courant socialiste révolutionnaire et internationaliste dirigé par Jules Guesde), Jaurès milite avec ardeur contre "les lois scélérates" ou en faveur des verriers de Carmaux renvoyés par leur patron Rességuier. Toutefois, c’est avec l’affaire Dreyfus que Jaurès rentre pleinement dans l’Histoire. Convaincu par ses amis de l’Ecole Normale Supérieure et en particulier son bibliothécaire Lucien Herr, par les militants allemanistes (autre courant socialiste dirigé par Jean Allemane et favorable au syndicalisme), ainsi que par le " J’accuse " de Zola, il s’engage avec passion. L’ "affaire" met en jeu non seulement une injustice individuelle, mais aussi le respect de l’humanité elle même. Elle pose le problème du mensonge et de l’arbitraire des grandes institutions bourgeoises, notamment de l’armée. Battu aux élections de 1898 (l’installation de la Verrerie Ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès devient directeur de "La Petite République". C’est dans les colonnes de ce journal qu’il publie les preuves relatives à l’affaire Dreyfus. Il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1903). Jaurès a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l’antisémitisme. La défense de la République devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck Rousseau qui vient de nommer pour la première fois dans l’histoire de la République un socialiste, Alexandre Millerand, comme ministre du commerce et de l’industrie. Appuyé par le Parti Socialiste Français qu’il vient de fonder, il s’engage nettement en faveur du Bloc des Gauches et du gouvernement Combes (1902-1905) qui prépare le vote de la Séparation des églises et de l’Etat (Décembre 1905). Cependant, les réformes sociales attendues marquent le pas. Le dynamisme du bloc s’épuise, et Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n’est pas réélu à cette fonction en 1904.

 

L’engagement pacifiste :

Réélu député du Tarn en 1902, il fonde le quotidien "L’Humanité" deux ans plus tard. Il donne la priorité à l’unité socialiste qui, bien que fragile, se réalise au Congrès du Globe (Avril 1905) avec la création de la S.F.I.O. Jaurès est critiqué, mais il parvient souvent à convaincre ses camarades, engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la CGT et lutte contre l’expédition coloniale au Maroc. Ayant acquis depuis longtemps une dimension internationale, il va consacrer les dix dernières années de sa vie à lutter contre les menaces de guerre. Il rédige en 1910 une proposition de loi consacrée à « l’armée nouvelle » dans laquelle il préconise une organisation de la défense nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la Nation. Il estime que seule une guerre de défense est acceptable et qu’il faut à tout prix refuser une guerre qui ne sert que des intérêts bourgeois, en organisant une opposition pacifiste et même une grève générale des travailleurs de tous les pays en cas de déclaration de guerre. Il mène campagne contre la « loi des Trois Ans » de service militaire votée en 1913, notamment avec le rassemblement du Prés Saint Gervais le 25 mai 1913, qui réunit 150 000 personnes. 1914 semble apporter de nouvelles raisons d’espérer : la guerre dans les Balkans (1912-13) est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 et l’ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914 précipitent inexorablement l’Europe dans la guerre, malgré la tentative de Jaurès d’infléchir la politique gouvernementale dans un sens favorable à la paix.

 

Il se prépare à écrire un article " décisif " sur ce sujet quand il est assassiné à Paris par Raoul Villain, nationaliste exalté, au Café du Croissant, le 31 juillet 1914. Sa mort, vécue par le monde ouvrier comme une tragédie, est un coup fatal porté au mouvement pacifiste : le 4 août, la France bascule dans la guerre.

 

Source : Groupe opérationnel Lettres-Histoire-Géographie, Académie d’Orléans-Tours, 2010-2011

 

 1. Pourquoi jean Jaurès n’est-il pas prédestiné à soutenir le mouvement ouvrier ? En quoi son engagement aux côtés des ouvriers est-il donc important ?

 

 

 

 

 

2. Comment adhère-t-il au socialisme et donc à la classe ouvrière ?

 

 

 

 

 

 

3. Ses engagements pour Dreyfus et ne faveur de la paix révèlent encore son attachement au monde ouvrier et au peuple, contre les privilèges et la bourgeoisie au pouvoir.

    Relevez dans la biographie des phrases et expressions qui prouvent cette lutte pour une société plus équitable.

 

 

 

 

 

 

 

4. Montrez que les multiples fonctions de Jaurès sont un atout pour les revendications ouvrières :

 

 

 

 

 

 

5. Montrez pourquoi Jean Jaurès est un symbole pour le mouvement ouvrier et ses revendications.

 

I V. CONCLUSION

Page internet sur la mort de Jean Jaurès (soyez attentifs à la chanson qui accompagne cette page internet)

 

http://www.paris-a-nu.fr/31-juillet-1914-assassinat-de-jean-jaures-au-cafe-croissant/

Cours de la séance à télécharger au format pdf

Réalisation de la page : A. Van Eeghem