Séance 1      Le monde ouvrier, 1830-1975 : de sa naissance à son organisation

I  Un monde du travail en mutation

A.   Produire en France en 1830

Document 1 : Remplir le tableau à l'aide du diaporama

Le métier de l'ardoise

Début XIXe - Fin XIXe siècle

Le métier de la forge

Début XIXe - Fin XIXe siècle

La métallurgie et les usines d'assemblage de voitures

XXe siècle

Illustration des conditions de travail dans une forge au XIXe siècle

Reconstitution virtuelle d'une chaîne de montage : Renault Boulogne-Billancourt, l'atelier C5 en 1922

« Dans les tout débuts de l’industrie

cotonnière, toutes les opérations s’effectuaient

sous le toit de la maison du tisserand. Dans

une deuxième période, avec l ’aménagement

des techniques, la pratique était de fabriquer

les fils en usine et de les tisser à domicile. A

l’heure actuelle, toutes les opérations, qui

mettent en œuvre des moyens beaucoup plus

vastes et complexes, s’effectuent dans un

bâtiment unique. Ces vastes bâtiments en

brique, qui s’élèvent jusqu’à 20 ou 25 mètres,

effectuent aujourd’hui des travaux dont se

chargeaient autrefois des villages entiers. Une

seule usine mue par la vapeur suffit à sortir le

même métrage pour lequel il fallait autrefois

la main-d’œuvre de toute une région »

 

H.Gueston, Histoire de la manufacture du coton, 1823.

II.  L'organisation du mouvement ouvrier

A.   Les conditions de travail,  document 2

Voici deux témoignages sur la vie des ouvriers des usines Schneider à la Belle Époque, c'est-à-dire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

 

1er témoignage : Le journaliste Jules Huret interroge un contremaître, c’est un ouvrier expérimenté choisi par l’entreprise pour surveiller le travail des

autres ouvriers.

 

Y a-t-il souvent des grèves ici ?

Jamais. La dernière grève ici remonte à trente ans. Des grèves pourquoi faire ? Le patron fait tout pour les ouvriers ici. Quand les enfants sortent de l’école primaire, ils entrent dans les écoles d’apprentissage de monsieur Schneider. Ils gagnent de l’argent tout de suite et ils apprennent leur métier. C’est une bonne chose ! C’est comme pour les accidents : il y a une infirmerie gratuite, les accidents ne sont pas rares, il y en a même tous les jours.

 

Et ils sont payés, les ouvriers, quand ils sont blessés ?

On leur donne un tiers de leur salaire et des médicaments gratuits.

 

Et quand ils meurent ?

Leur femme a une pension. Je vous le dis, ici au Creusot, on n’a pas à se plaindre. Monsieur Schneider fait bien les choses. C’est un brave homme qui a le cœur sur la main. Il est élu député, conseiller général et maire, ce qui prouve bien qu’on connaît son bon cœur.

Et ici, les ouvriers peuvent devenir propriétaires ! La compagnie nous avance de l’argent pour bâtir une maison, on rembourse tant chaque mois, quand vient la retraite, on a sa petite maison et son petit jardin !

Et c’est la compagnie qui paie la retraite, c’est bien généreux de sa part.

Qu’est-ce que vous voulez que les ouvriers demandent de plus, du moment qu’ils peuvent élever leurs enfants. Ils sont à peu près sûrs d’avoir du pain jusqu’à la fin de leurs jours ! Ce n’est-il pas le bonheur de l’ouvrier ?

 

D’après Jules Huret, Enquête sur la condition ouvrière en Europe, 1897

 

2ème témoignage : Le journaliste Jules Huret interroge un des ouvriers.

 

Cela doit être fatiguant votre métier ?

Pour sûr. Mais que voulez-vous ? On s’y fait.

 

Si vous tombez malade ?

Oh, il faut espérer que non ! Qu’est-ce que je ferais avec le peu d’argent versé par la compagnie aux malades ? Il faudrait envoyer

mes enfants mendier ! Ce qu’il faudrait, c’est que si on meurt, les femmes et les enfants ne crèvent pas de faim. La retraite

versée par le patron, c’est joli, mais il n’y a pas beaucoup d’ouvriers qui arrivent jusqu’à soixante ans avec des métiers pareils.

 

Vous devriez être tranquille, puisqu’il y a une caisse de retraite au Creusot ?

Oui, je sais ! Ma retraite quand j’aurai soixante ans ! Si je vis jusque là ! Et cette maudite maison qu’il faut rembourser tous les

mois ! Mais, si on ne paie pas, la compagnie revend la maison, il vaut mieux encore se serrer le ventre !

Si seulement on avait de quoi vivre ! Si seulement les mioches pouvaient manger autant qu’ils en ont envie ! Ce qu’il faudrait,

c’est que les patrons ne gagnent pas tant et laissent un peu plus d’argent aux ouvriers.

 

On n’a pas envie de se révolter un peu, de faire des grèves ?

Ici ? Au Creusot ? Jamais de la vie ! ... C’est plein de mouchards, et gare au premier ouvrier qui aurait l’air de faire le malin !

Dans le temps, il y a eu des réunions socialistes. Tous les ouvriers qui y sont allés ont été renvoyés, tous ! Pas ensemble, mais un à un, pour une raison ou pour une autre.

 

On aime bien le patron ici ?

Peuh ! On ne l’aime ni on le déteste ! Il n’est pas plus mauvais que les autres. Oui, les ouvriers votent pour lui. On le connaît,

comme on connaissait son père avant lui. Des ouvriers voudraient bien ne pas voter pour lui. Mais ils n’osent pas. Le jour des élections la frousse les prend qu’on reconnaisse, devant l’urne, que le papier de leur bulletin de vote n’est pas de la bonne couleur.

Oui, ils ont peur qu’on les fiche à la porte de l’usine, s’ils ne votent pas pour le patron.

 

D’après Jules Huret, Enquête sur la condition ouvrière en Europe, 1897

Document 3 : De nouvelles méthodes de production au XXe siècle : le taylorisme

Témoignage d'un OS (ouvrier spécialisé) des Citroën de Saint-Ouen vers 1930

 

"Les fraiseurs, les perceurs, les tourneurs professionnels ou les manœuvres spécialisés, ce qu'on peut appeler les robots, ceux dont le travail de série est une désespérante monotonie, devaient fort se démener pour usiner le nombre de pièces qui leur était demandé comme production normale. Tout le travail était chronométré.

Chronométreurs, démonstrateurs luttaient contre l'ouvrier. En l'observant travailler, montre en main, le chronométreur paraissait compter loyalement le temps nécessaire à l'usinage d'une pièce. Après quoi, il fixait le temps valable pour toute la série. Si les gestes de l'ouvrier étaient gauches ou trop lents, c'est au démonstrateur à lui faire sa leçon de choses. Le temps d'exécution du démonstrateur ou de l'ouvrier le plus habile servait de base. C'était l'application bien connue du système Taylor (...) C'était ça qui donnait à l'usine une réputation de bagne d'abord, puis le nombre excessif des gardiens en casquettes qui ne cessaient de circuler dans l'usine (...)"

 

Georges Navel, Travaux, Stock, 1945

La dénonciation du fordisme au début du XXe siècle

B.   Les premiers soulèvements d'ouvriers

Document 4 : 1831, la première révolte ouvrière

En novembre 1831, à Lyon, les ouvriers de la soie, les canuts, se soulèvent pour protester contre des revenus qui ne leur permettent qu’une vie de misère.

Leur révolte est la première du genre et effraie la classe possédante.

 «  La sédition de Lyon a révélé un grave secret, celui de la lutte intestine qui a lieu dans la société entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas. Notre société commerciale et industrielle a sa plaie, comme toutes les autres sociétés ; cette plaie ce sont les ouvriers. Point de fabrique sans ouvriers, et avec une population d’ouvriers toujours croissante et toujours nécessiteuse, point de repos pour la société. »

 

 Marc Girardin, conseiller d’État, Journal des débats, 8 novembre 1831

Les canuts, Marc Ogeret

Document 5 : Budget d'un tisserand lillois, 1848

« Je gagne 2 francs par jour. Ma Femme est dentellière à domicile, et gagne 15 centimes par jour. J’ai quatre enfants.

 

On mage 24 kilogrammes de pain bis par semaine à 22,5 centimes le kg, soit 5,40 francs.

La viande est trop chère : nous ne mangeons que des débris trois fois par semaine, à 25 centimes, soit 0,75 francs.

 

Il n’y a que moi qui mange du beurre, à raison de 250 g par semaine, soit 0,50 francs.

Ma femme et mes enfants mangent de la mélasse ou des fruits avec leur pain, soit 0,80 francs.

 

Autres dépenses de la semaine :

- pommes de terre et haricots : 1 franc

- lait (une demi-pinte par jour) : 0,35 francs

- loyer d’une cave à trois mètres au-dessous du sol : 1,50 francs

- charbon : 1,35 francs

- savon et éclairage : 1,10 francs

Total des dépenses pour la semaine : 12,75 francs.

 

Nous recevons, au bureau des secours, 3 kg de pain bis tous les quinze jours.

Malgré notre travail, sous peine d’être nus, nous vivons en mendiants ; et la loi le défend. »

 

Source : 1848, le livre du centenaire, Atlas

C.   L'apparition des syndicats

Document 6 : Le syndicat, un instrument de lutte privilégié

Témoignage de Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT de 1902 à 1909 :

 

« Ouvrier j’étais, ayant puisé dans une existence souvent fort difficile, dans des privations multiples, le désir d’y mettre fin ; salarié j’étais, ayant à subir l’exploitation du patron et souhaitant ardemment d’y échapper. Mais ces désirs et ces souhaits ne pouvaient se concrétiser (sans) le concours des autres hommes astreints au même sort que moi. Et j’ai été au syndicat pour y lutter contre le patronat, instrument direct de mon asservissement, et contre l’État, défenseure naturel, parce que bénéficiaire, du patronat. C’est au syndicat que j’ai puisé toute ma force d’action, et c’est là que mes idées ont commencé à se préciser.

 

 Victor Griffuelhes, L’action syndicale, brochure, décembre 1907.

D.   Les conquêtes sociales

Document 7 : 50 ans de lutte pour améliorer les conditions de travail en France (Foucher, manuel bac pro 2 ans, 2006)

Document 8 : Les conditions de travail et le temps libre de 1830 à 1975

D'après les documents 7 et 8, dans quel sens évoluent les conditions de travail des ouvriers? Justifiez vos réponses.

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Chanson, "Vas-y Léon"